Jung


"Je ne puis qu'espérer et souhaiter que personne ne sera "jungien". Je ne défends pas de doctrine (...) Je n'annonce pas d'enseignement tout prêt et systématique, et j'ai horreur des "partisans aveugles". Je laisse à chacun la liberté de venir à bout des faits à sa manière, car je revendique également pour moi cette liberté." "Ce serait une faute de l'art, écrit Jung, de vouloir normaliser autrui, et cela reviendrait à détruire tout ce qui, en lui, est germe et promesse de développement individuel. Puisque l'individu représente l'unicité, l'imprévisible et l'ininterprétable absolu, le thérapeute en face de lui doit renoncer à tous ses présupposés et à toutes ses techniques et se borner à une attitude qui sait se dépouiller de toute méthode."

extraits de La guérison psychologique, CG Jung, édition Georg, 2000

"...Mon chemin n'est pas votre chemin. Je ne peux donc pas vous instruire. Le chemin est en nous, mais pas dans les dieux, ni dans les doctrines, ni dans les lois. C'est en nous qu'est le chemin, la vérité et la vie. Malheur à ceux qui vivent selon des modèles ! La vie n'est pas avec eux. Si vous vivez selon un modèle, vous vivez la vie d'un modèle, mais qui vivra votre vie sinon vous-mêmes. Donc vivez-vous vous-mêmes... Que chacun suive son propre chemin..."

Jung "La voie de l'à-venir" p.231 (Le Livre Rouge)

J'ai ressenti une réelle jubilation il y a quelques temps lorsque je suis "tombée" sur ces phrases écrites par Jung , elles me parlaient tellement !

Il y a plusieurs années, alors que je cherchais une école "reconnue " pour mettre de l'ordre et surtout de la légitimité dans les connaissances glanées sur mon parcours atypique, j'ai fait le rêve suivant:

Je cherche une maison pour vivre avec mes enfants (qui étaient à l'époque de jeunes ados ). On me présente un appartement neuf dans un ensemble immobilier ou tous les appartements sont les mêmes. Il est grand, clair, avec un plan rectiligne... mais sans aucun charme. Je me dis que c'est bien, très propre et très sécurisant parce que j'aurai des voisins. En plus, mes enfants auront des copains. Mais je me sens triste ... j'habite dans une grande maison de village restaurée avec beaucoup de goût avec des matériaux de qualité. une maison que je trouve très jolie, avec beaucoup de charme qui et dans laquelle je me sens bien. (c'est ma réalité de l'époque ) Je réfléchis car je ne sais quelle décision prendre. J'ai peur de ne pas réussir à faire de ce lieu neuf un endroit vraiment satisfaisant pour moi. On me dit que je vais perdre mon identité dans un appartement standardisé. Il vaut mieux que je garde ma maison qui est moins rassurante et "lisse" mais plus originale, personnelle et authentique .

A cette époque, j'étais alors moi même en analyse Jungienne.

Lorsque j'ai raconté ce rêve à ma thérapeute, je n'en avais pas tout de suite compris le sens mais je me souviens avoir ressenti de la colère en lui disant que j'avais été sur le site d'instituts Jungiens et que je sentais l'enseignement proposé comme rigide, dogmatique, manquant d'ouverture ...

Je criai presque en disant que c'était un contresens, Jung n'aurait certainement pas aimé qu'il ait des écoles de ce type se réclamant de lui ! Que cela me semblait à contre courant de son enseignement ...faire rentrer des gens dans des cases ! Leur demander à tous la même chose avec cette rigidité alors qu'il avait lui même ouvert un chemin de liberté, s'était affranchi des courants et les dogmes de son époque et que c'est grâce à cette audace, à ce courage et cette liberté qu'il avait ouvert une voie nouvelle et originale.

Mais justement le processus d'individuation qu'il décrit est différent pour chacun il nous mène tous en un endroit particulier par des chemins différents. Pour ma part, je n'ai pas envie de m'identifier à lui, mais je me sens soutenue et guidée par son exemple et sa liberté.

J'avais presque honte de lui lui dire cela à elle, psychothérapeute Jungienne .

Mais cela me semblait si incongru. Avec le parcours et les expériences que j'avais eus je ne me voyais pas me conformer à quelque chose ce serait contraire à mon chemin d'individuation, me refermer, me réduire... faire de moi une disciple appliquée alors que je cherchais avec assiduité et passion à laisser s'exprimer mon être ou, pour reprendre un terme Jungien "mon Soi".

J'ai par la suite trouvé une école qui m'a semblé suffisament ouverte pour me permettre de laisser vivre et cohabiter toutes la facettes de moi même dont j'avais déjà eu tant de mal à accoucher.

Je ne suis pas en train de dire que je n'accepte pas d'écouter et d'apprendre

d'autres personnes... C'est le plus souvent dans la rencontre que je peux me reconnaitre et me trouver. Dans la résonnance ou dans la différenciation.

Il a tant de personnes qui m'inspirent et pour lequelles j'ai un très grand respect, des personnes auprès desquelles je peux reconnaitre des aspects de moi. Des apects en devenir, d'autres déjà intégrés ou transcendés.

Que ces aspects soient "brillants" ou au contraire qu'ils me permettent lorsque qu'ils me déplaisent d'identifier des parts d'ombre en moi, ce sont autant de cadeaux précieux.

Au risque de choquer, pour moi, être Jungien(ne) ce n'est pas uniquement et forcement avoir lu les nombreux écrits de Jung ou avoir fait une formation longue dans un institut portant son nom et se sentir assuré par une armure intellectuelle solide et reconnue ...

Mais c'est avoir suivi le chemin qu'il a ouvert vers "soi" même, notre propre processus d'individuation... Chacun à sa façon nous menant tous en des lieux différents et originaux .

Pour moi être Jungien(ne) , c'est être un chercheur de sens, audacieux, courageux et persévérant mais surtout libre tout en étant conscient et en cultivant le lien qui nous relie aux autres êtres, à la terre qui nous accueille et au ciel dont nous sommes issus.

Claire Houël

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© 2015-2020 Claire Houël

thérapie intégrative

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